Plastique
" Le plastique, matière quasi-inexistante à ma naissance, commence à envahir l’univers domestique dans les années cinquante. Ce mot générique de plastique qui s’applique ici au seul plastique issu du pétrole devrait en fait être décliné au pluriel tant les matières plastiques industrielles qui apparaissent dès la fin du 19ème siécle se diversifient jusqu’à la période des baby-boomers, laquelle débute après la deuxième guerre mondiale.
L’histoire du plastique en 15 dates clés, Carbios, 18 10 2023, texte
Les deux guerres mondiales ont eu un effet démultiplicateur sur les matières plastiques car il fallait alors trouver des matériaux de substitution aux matières naturelles devenues rares, chères
ou, plus radicalement, impossibles à trouver.

Dans les années 50, les matières plastiques qui m’entourent ne portent pas toujours le nom générique qu’on leur attribuera plus tard.
La Bakélite : Le pionnier de la pétrochimie (1907)
Ainsi de la bakélite du poste de radio de mes parents. La bakélite, c’est la matière plastique - qui ne dit pas son nom – des années 20-30. Issue d’abord de la distillation de la houille, elle
devient rapidement dépendante du pétrole. Isolant électrique parfait, elle a permis l'essor de la radio, du téléphone domestique et des prises électriques. Visuellement, c'est l'esthétique "Art
Déco" industrielle par excellence.

Le Nylon : La révolution textile (1935)
Le nylon suit la même évolution que celle de la bakélite: d’abord issu du charbon, il dépend rapidement du pétrole. Commercialisé aux Etats-Unis en mai 1940 sous forme de bas en nylon, c'est un
raz-de-marée commercial. Quand les Etats-Unis entrent en guerre, la production est réquisitionnée à 100 % pour l'effort militaire (parachutes des GI lors du débarquement, cordages, tentes). Les
bas redeviennent le symbole de la Libération et du début de la période baby-boomer.
Fibres textiles : les polyamides / Nylon, textileaddict, 10 04 2025, texte et illustrations
Petite histoire du nylon, prohistoire, non daté, texte et illustrations

Le Téflon : L'accident militaire (1938)
Dérivé direct d'hydrocarbures (pétrole/gaz) fortement fluorés, le téflon est classé secret militaire absolu durant la seconde guerre mondiale car il sert de joint d'étanchéité ultra-résistant
pour le projet Manhattan de fabrication de la bombe atomique. Sous la marque Tefal (téflon et aluminium) il est associé à une «poële qui n’attache pas» à partir de 1954.
D’autres plastiques apparaissent avant-guerre mais restent inconnus du grand public parce qu’ils demeurent réservés à des usages industriels et militaires. Ils seront particulièrement utilisés à partir des années cinquante pour constituer des emballages et des objets moulés à la chaîne.

Le PVC : De l'ombre industrielle aux sols modernes (1931)
Découvert dès le XIXe siècle mais industrialisé au début des années 30, le PVC (chlorure de polyvinyle) passe ses premières décennies à l'abri des regards. Issu du pétrole et du sel, il sert
d'abord à isoler les câbles électriques des navires et des usines. Sa véritable entrée dans le quotidien des familles des années 50 se fait par le sol : c'est la naissance du linoléum plastique,
le fameux « Balatum » ou les dalles de vinyle qui remplacent les parquets d'avant-guerre. Facile à laver, brillant, il incarne la modernité ménagère.

Le Polystyrène : Le secret des premiers réfrigérateurs (1931)
Industrialisé en Allemagne juste avant la guerre, le polystyrène est le plastique rigide et cassant par excellence. Durant la première moitié du siècle, le grand public ne le voit pas, mais il en
profite sans le savoir : sous sa forme expansée (gorgée d'air), il sert d'isolant thermique révolutionnaire dans les cales des navires, puis dans les tout premiers réfrigérateurs domestiques qui
commencent à équiper les foyers à l'aube des années 50.
C'est à cette période qu'il sort de sa cachette pour devenir un objet culte du quotidien des écoliers et des employés de bureau, sous la forme d'un petit tube transparent jetable qui écrit bleu, noir ou rouge : le célèbre stylo Bic Cristal, lancé en 1950.
N.B. le petit bouchon et l'embout du stylo Bic sont, eux, en polyéthylène, illustration de la variété des plastiques d'un même produit et de la difficulté à venir du recyclage.

Le Polyéthylène : Des radars de la RAF aux boîtes de la ménagère (1933)
C'est le plastique dont la trajectoire est la plus spectaculaire. Classé secret de défense absolu par les Britanniques pendant la guerre. il est le seul isolant capable de protéger les circuits
des radars embarqués dans les avions de la Royal Air Force, permettant de repérer les bombardiers allemands. Libéré de ses obligations militaires, ce dérivé pur du pétrole va littéralement
coloniser les cuisines des années 50. Souple, imperméable et presque indestructible, il trouve son public grâce à une innovation venue d'Amérique qui promet de conserver les restes du dîner : les
célèbres boîtes hermétiques Tupperware.

L’heureux mais tardif abandon du vrai Celluloïd (1951)
Contrairement à ce que l’on avance souvent sur internet, le celluloïd n’est pas à l’origine une matière plastique issue du pétrole. La cellulose qui le compose est tirée des fibres de bois ou du
coton, traitée à l'acide nitrique pour devenir du nitrate de cellulose. La poudre qui en résulte est extrêmement inflammable. Cependant, on a continué à l’employer pour réaliser des films et pour
fabriquer des jouets à destination des enfants. Il existait pourtant des substituts dès les années 30 : l’acétate de cellulose d’abord, puis le polyester pour les films, et le polyéthylène ou le
PVC souple (issus du pétrole) pour les jouets (les poupons notamment).
Les problèmes du celluloïd: l’inflammabilité, Société Chimique de France, vers 1930, texte
Or, pour des considérations économiques, la bascule sera très tardive : les fabricants n'arrêteront la pellicule explosive qu'en 1951, et il faudra attendre 1957 pour que les jouets en celluloïd soient enfin interdits.
Je l’ai échappé belle.
Pour une fois qu’une matière plastique eût été bienvenue... "
Pour la composition de cette chronique, j'ai compulsé les ouvrages suivants :
60 ans d’arts ménagers tome 2 1948-1963, Jacques Rouaud, La consommation-Syros 1993
Les arts ménagers, Josette Demory, Du May Parenthèse 2007
Les années plastiques, Gisèle Namur, Cité des sciences et de l'industrie de La Villette Alternatives 1986
Les plastiques, Maurice Reyne, PUF Que sais-je? 1998
Zéro plastique, zéro toxique, Aline Gubri, Thierry Souccar Editions 2017
En finir avec le plastique, Will McCallum, Marabout science et nature 2019,
Pollution plastique – La biodiversité menacée, Xavier Cousin +++, Éditions QUAE 2025
et j'ai utilisé Gemini (IA) pour mes recherches documentaires.
Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer
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