Mots proscrits
" Cette chronique est née des nombreux échos dans la presse des mots proscrits par le nouveau locataire de la Maison Blanche.
Je n’ignorais pas que des mots avaient été censurés par le passé et notamment durant les décennies écoulées. En tête de ces mots, celui de guerre auxquels des États avaient substitués d’énigmatiques «événements» en Algérie et, plus récemment, une «opération spéciale» de la Russie en Ukraine.
J’avais aussi gardé le souvenir de l’expression publicitaire «y’a bon Banania» associée à un homme noir qui n’en pouvait mais et qui s’affichait encore dans les wagons du métro parisien durant les années soixante. Cette représentation devenue intolérable s’était progressivement estompée, remplacée d’abord par un dessin de plus en plus stylisé puis par un enfant qui ne baragouinait pas «y’a bon».
« L’Histoire savoureuse de Banania », Le Monde, 26 11 2017, texte et illustrations
La marque Banania a définitivement abandonné son slogan créé en 1915, Le Monde, 02 02 2006, texte
Cependant, en 2025, il ne s’agit plus de remplacer un mot, une formule ou expression mais d’en supprimer des dizaines avec les idées qu’ils expriment. Il s’agit aussi de réduire à néant ou à portion congrue le financement des institutions et des emplois qui utilisent ces mots avec de graves conséquences, écologiques notamment.
J’ai voulu aussi rechercher en quoi cette démarche motivée le plus souvent par des préoccupations affairistes présentait des similitudes avec celle poussée par les dérives du wokisme, mouvement auto-justifié par des objectifs généreux mais dévoyé par une idéologie vétilleuse et ignorante de l’Histoire (thème abordé dans une chronique précédente).
Enfin, remontant le temps, je me suis efforcé de me remémorer les expressions et les mots «gros et malencontreux» que les adultes utilisaient dans mon enfance et qu’ils me traduisaient dans un langage plus policé auquel ils me prescrivaient de recourir de préférence «pour mon bien».
Une éducation dont je me félicite encore à l’âge avancé de mon vulgaire contemporain locataire de la Maison blanche. "

Pour écrire cette chronique, j'ai compulsé les ouvrages suivants :
La censure en France, Pascal Ory +++, Editions Complexe 1997
Les gros mots, Catherine Rouayrenc, PUF Que sais-je ? 1996
Les mots immigrés, Erik Orsenna, et Bernard Cerquiglini, Stock 2022
OK Millenials !, Brice Couturier, Editions de l’Observatoire 2021
Le wokisme serait-il un totalitarisme?, Nathalie Heinich, Albin Michel 2023
J'ai en outre utilisé Gemini (IA) comme outil de recherche documentaire complémentaire.
Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer
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